4 questions à Stéphanie Lacassagne (sexothérapeute)

4 questions à Stéphanie Lacassagne (sexothérapeute)

Chez Topla, l’éducation à la sexualité est importante et possède une gamme de 5 jeux dédiés, Sexploration. Notre objectif est d’aider les parents, les professionnels de l’éducation et de santé à aborder le sujet plus aisément avec les ados et d’offrir un outil de prévention efficace et fun.

Aujourd’hui, nous rencontrons Stéphanie Lacassagne, sexothérapeute et praticienne EFT (techniques de libération émotionnelle) / Matrix Reimprinting, qui pratique à Bayonne, en France. Elle répond à 4 de nos questions. Des informations clés car, comme vous allez le voir, la prévention change vraiment la donne pour le jeune public.

 

Pourquoi la prévention en matière d’éducation sexuelle est-elle primordiale ?

Stéphanie Lacassagne : Le fait d’intervenir à titre préventif permet de limiter les risques et difficultés en matière de santé sexuelle, comme les risques d’infections sexuellement transmissibles. Être informé permet de savoir comment le corps humain fonctionne et la possibilité de grossesse.

Et surtout, la prévention est importante pour que les adolescents puissent se positionner en matière de respect de soi (se faire respecter), de respect de l’autre, de ses choix, de son parcours, de son identité et orientation sexuelles, ce à quoi il est prêt et ce à quoi il n’est pas prêt.

Il faut informer aussi pour lutter contre les idées fausses qui peuvent être véhiculées par les copains, par les mass médias, qui ne sont pas spécialisés sur un public adolescent, ou par la pornographie. Selon la moyenne nationale en France, à 11 ans, les jeunes ont déjà vu leur 1er film pornographique. Or la sexualité ne correspond pas à ce qu’on voit dans ces films.

En 2017, un sondage de l’IFOP révélait également que 44% des jeunes ayant des rapports sexuels reproduisent des pratiques qu’ils ont vues dans des vidéos pornographiques. Quelles sont les conséquences de tels chiffres ?

Cela implique une énorme pression mise sur les épaules des jeunes ayant vu ces images, qui peuvent être traumatisantes. Quand le développement psycho-affectif et sexuel (avec la période de puberté notamment) n’est pas aussi avancé que ce qu’on voit dans les films porno, il y a un décalage. On n’est pas forcément prêt à 11 ans de voir une fellation ou autre. Ca peut être choquant. Les conséquences peuvent être une aversion pour la sexualité, du dégoût. Alors qu’à l’origine, c’est censé être un moyen de prendre du plaisir et d’en donner.

On voit dans nos consultations en sexologie, des patients qui souffrent de troubles sexuels. Par exemple pour les garçons, ce sont des troubles de l’érection ou une éjaculation précoce parce qu’ils se sont masturbés devant ces films et qu’ils ont développé une addiction à la pornographie. Plus tard, ces troubles sexuels induiront des problématiques dans la sexualité adulte de manière durable, engendrant de la souffrance psychologique.

Il y a aussi des jeunes qui se comparent à ce qu’ils voient et ne se trouvent pas à la hauteur parce qu’ils n’ont pas toujours le discernement pour comprendre que les acteurs sont plusieurs pour tenir aussi longtemps en érection ou que pour les femmes, ce qui est montré n’est pas forcément ce qu’elles aiment ou que les corps ne sont pas au naturel tels qu’ils apparaissent dans ces films, etc. La liste peut être très longue.

Les effets sont très néfastes quand les images sont vues sans discussion, sans explication, sans information. D’où l’intérêt de prévenir, en disant : « Voilà ce que vous avez vu. Qu’en pensez-vous ? A quoi cela correspond-il dans votre réalité ? Quelles questions cela vous pose ? Et voici les réponses qu’on peut vous donner. »

Sans compter les commentaires des copains qui disent « j’ai fait telle ou telle chose », alors que ce n’est pas toujours vrai. La prévention permet de réintroduire de la réalité auprès des jeunes, qui sont souvent hors de celle-ci.  

Au final, la pression a des effets terribles sur les réflexes sexuels et pour les filles également. Quand on n’est pas prête à avoir un rapport sexuel, le vagin ne lubrifie pas et donc on a des douleurs. Il est possible qu’on n’ait plus envie de sexualité après, induisant des troubles du désir.

Comment les parents peuvent-ils aider leurs adolescents et aborder l’éducation sexuelle ?

Les parents qui ne sont pas à l’aise pour en parler, il ne faut pas se forcer. Ça n’a pas souvent des effets positifs dans ce cas. Par ailleurs, il est judicieux de laisser venir les questions des enfants et ne pas les devancer, de s’adapter à l’âge et où en est l’enfant. Chaque enfant est différent. Deux enfants d’un même âge ne vont pas forcément s’interroger sur les mêmes choses, au même moment. Mais par contre, lui dire qu’elle/il peut bien évidemment poser des questions. Soit le(s) parent(s) sont à même de répondre et c’est très bien. Si ce n’est pas le cas, ils peuvent orienter leurs enfants vers des professionnels pour avoir des réponses.

Tout d’abord, il faut savoir que la loi impose et prévoit 3 séances d’éducation à la sexualité par an au collège et au lycée, et par groupes d'âge homogène. En primaire, le chiffre de trois séances correspond davantage à un ordre de grandeur. Celles-ci doivent être intégrées aux enseignements par les professeurs. Pour les élèves en primaire, on parlera plutôt du corps. La différenciation entre le corps des filles et celui des garçons, de quelles informations ils disposent sur leur corps à cet âge-là. On présentera une anatomie qui n’est pas aussi détaillée à 6 ans qu’à 13 ans. On peut déjà induire des notions de respect de l’autre. Faire réfléchir les enfants sur les questions de genre comme : est-ce qu’une fille peut jouer au foot dans la cour de l’école ? Des questions qui ont un rapport avec le respect des uns et des autres, la place garçon-fille, les choix des uns et des autres, être attentif à l’autre, être attentif à soi. On est sur les prémices de la relation à l’autre.

Malheureusement, ces 3 séances obligatoires n’ont souvent pas lieu ou pas autant que cela devrait être. Mais il faut savoir que si la loi les a prévues, c’est pour de bonnes raisons. En tout cas, les établissements scolaires sont supposés pouvoir donner de l’information si besoin.

Une autre information à retenir : dans tous les départements existent des CPEF (centres de planification et d’éducation familiale). Ce sont des lieux où exercent des professionnels compétents et formés, qui gratuitement et de manière anonyme peuvent accueillir les adolescents pour toutes les questions qu’ils se posent en matière de prévention, d’infection, de contraception et de sexualité. Et il y a également des CeGIDD (centres gratuits d'information, de dépistage et de diagnostic) pour les IST, les infections sexuellement transmissibles. Ce sont des lieux ressources où il y a de la documentation. On peut y aller seul ou avec ses parents. C’est ouvert à tout public. Le planning familial est aussi un lieu ressource pour dispenser des informations en matière de sexualité.

Donc je conseillerai aux parents, c’est d’être à l’écoute de leurs enfants, de leurs questions, de répondre du mieux qu’ils peuvent, avec ce qu’ils savent. Et puis d’indiquer à leurs ados où ils peuvent s’adresser pour avoir davantage d’information, s’ils le souhaitent, et au cas où ceux-ci seraient plus à l’aise pour en parler avec d’autres personnes. Car la sexualité n’est pas toujours un sujet facile à aborder entre parents et enfants.

Et si les enfants ne parlent pas du tout de ce sujet à leurs parents, ces derniers doivent-ils faire un premier pas et ouvrir la discussion ?

Effectivement, parce que si les parents informent leur enfant que le sujet du corps, de l’intime, de l’intimité, du plaisir, de la sexualité, de la reproduction existe. Ca permettra à l’enfant de se sentir autorisé à venir en parler, le moment venu.

Sur l’instant, l’enfant peut se sentir gêné et dire « non, c’est bon, je n’ai pas besoin d’en parler » et revenir finalement plus tard en disant « tu sais, tu m’avais dit cela, mais en fait j’aimerais bien savoir ». Je trouve que c’est bien d’ouvrir une porte. Mais on peut aussi orienter vers des gynécologues, ou des sexologues bien entendu. Des solutions, il y en a plein.

Note de l’équipe Topla :

Pour découvrir les jeux de la gamme Sexploration, cliquez sur le nom des jeux suivants : C’est pas tabou !, Vrai ou faux des IST, Nuancier contraceptif, OK not OK – le jeu de rôle du consentement, Can you – le jeu des privilèges.

Sur notre blog, vous avez également une interview de Claire Vimont, la créatrice de Sexploration, racontant pourquoi elle a créé ces jeux, de quels professionnels elle s’est entourée lors de leur conception et ses conseils pour les utiliser...

A retrouver : ici.


 

 

 


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