Rencontre avec Jean-Noël Duchemin, artiste "pêcheur de tons" et illustrateur du jeu Math'moi ça

Rencontre avec Jean-Noël Duchemin, artiste

Jean-Noël Duchemin est un artiste-navigateur, qui aime se définir comme un « pêcheur de tons ». Son univers artistique, coloré et vibrant, fusionne à merveille avec Math’moi ça, notre nouveau jeu de cartes pour apprendre les maths tout en s’amusant. Il en a réalisé l’illustration et a même spécialement créé de jolies bébêtes zébrées que vous risquez fort d’adorer. Embarquez avec nous en Bretagne, à la découverte de cet artiste empreint de liberté  !

D’où vient cette expression « pêcheur de tons » que vous utilisez pour définir votre identité artistique ?

Je me présente souvent avec ce petit jeu de mots français. Je n’aime pas trop le mot « artiste » parce que c’est un peu galvaudé et prétentieux. Je préfère m’appeler « pêcheur de tons ».

C’est un clin d’œil marin, faisant référence au thon mais sans le « h ». En fait je pêche des tonalités et c’est ce qui fait l’essence de ma création : jouer avec des tonalités vives, très présentes. Je veux que ce soit une aventure par le biais de la couleur. Donc c’est un terme qui me convient bien. Surtout que l’univers marin est omni-présent dans mon travail.

L’univers marin a-t-il baigné votre enfance ?

Je suis né dans la Manche, en Normandie. Mais c’est plutôt une découverte qui s’est faite plus tard. Enfant, je connaissais la mer uniquement par la plage, l’aspect côtier. Vers mes 18-20 ans, j’ai commencé à naviguer, en pratiquant la voile et la planche à voile. C’est alors devenu un élément moteur de ma vie, au même titre que la peinture. Les deux s’interpénètrent et me nourrissent.

Qu’est-ce qui vous fascine le plus dans l’univers marin ?

La liberté ! La liberté de choisir sa voie, sa route, de n’être absolument pas dans un univers formaté. C’est toujours ce que j’ai apprécié dans les voyages et la pratique de la voile : de pouvoir jouer avec les éléments. Je retrouve cela aussi quand je peins dans l’atelier. J’ai toujours géré ma vie avec ce leitmotiv de faire ce que j’avais envie, avec cet esprit de liberté. Et je vis dans une partie du monde où on peut être assez actif sur sa propre volonté, ce qui n’est pas forcément le cas de tout le monde sur cette planète. Je m’en suis donc saisi et j’essaie de vivre ainsi au quotidien.

Comment avez-vous découvert votre art ?

J’ai dessiné depuis tout petit. C’est toujours un medium que j’ai adoré et avec lequel j’étais « à l’aise ». Toutefois, j’ai eu une autre activité professionnelle avant et beaucoup voyagé. Puis vers 30 ans, je me suis consacré à ce mode d’expression artistique et depuis ça ne m’a plus quitté.

Est-ce qu’il y a eu un moment clé, qui a marqué un point de rupture dans votre parcours artistique ?

Il y a eu un moment qui est lié à la pratique de la voile et des voyages en voilier. Au début, j’ai travaillé sur des supports formatés, que ce soient des feuilles de papier ou des toiles montées sur châssis. Puis j’ai commencé à récupérer des éléments de bateaux de course. C’est alors que le leitmotiv de la liberté est venu s’inscrire dans mon travail pictural. Et j’ai quitté complètement tous les supports formatés pour ne plus utiliser que des supports liés à la récupération. Cela peut être des fragments de voile en guise de toile, des morceaux de draps ou de veilles chemises en lin. Mais également, et c’est ce qui fait ma spécificité, des éléments en composite carbone issus de fragments de bateaux de course au large. Ca me permet de complètement quitter le support classique et d’être en adéquation avec ce que je vis sur l’eau, en essayant d’être au maximum en harmonie avec les éléments, qu’ils soient rugueux ou pas, beaux ou tranquilles. C’est un peu cela que je retrouve dans mon travail dans l’atelier en tout cas.

On perçoit une démarche éco-responsable dans votre travail…

Je pense qu’elle y a toujours été inscrite. Dès mon adolescence, j’ai été très sensible à tout ce qui est combat pour la planète et écologie. Avec cette pratique de la voile lors de voyages en voilier sur l’Atlantique ou ailleurs, ça a toujours été quelque chose de très important dans ma vie. La sensibilité vis à vis de l’écologie, des animaux, de la beauté de la planète et des combats pour la préserver a toujours été prégnante dans ma démarche. Et le fait de travailler sur des éléments de récupération fait partie intégrante de cette volonté. Après j’utilise tout de même des mediums comme l’acrylique, mais j’essaie au maximum d’être en adéquation avec ce que j’ai envie de préserver. 

Comment est née l’idée de cette collaboration avec Topla et de l’illustration du jeu Math’moi ça ?

C’est d’abord une histoire d’amitié comme toutes les rencontres que j’ai pu réaliser à travers ma démarche picturale et mes expositions. Cette collaboration est liée à l’histoire qui s’est créée avec Frédéric Ballner qui a découvert mon travail il y a une bonne vingtaine d’années. Comme Frédéric est à la tête de Topla aujourd’hui, il m’a sollicité sur ce projet. Ce n’était pas évident car j’avais laissé de côté tout ce qui était commandes pour me consacrer à un travail plus personnel. Mais il souhaitait avoir ma vision très enjouée et optimiste, que je transmets par le biais des couleurs, et tout mon travail de bichromie sur lequel on s’est appuyé pour réaliser le jeu Math’moi ça.

Une fois que j’ai dit oui, ça a été un gros travail de recherches. J’ai réalisé une quarantaine de modèles de bébêtes zébrées, toutes différentes les unes des autres. C’était très plaisant et c’est toujours dans cette optique-là que je travaille. Le plaisir et le voyage, qui est sacré dans l’atelier et toujours omni-présent dans ma démarche.

Justement, parlez-nous de ces bébêtes zébrées qui font écho aux poissons que l’on peut observer dans votre création artistique personnelle…

Ces poissons zébrés sont issus de souvenirs de plongée en eaux tropicales. Mes premières plongées ont été un choc avec cette multiplicité de formes, de couleurs, cette richesse ! Je dirais même que c’est de la concurrence déloyale. Au retour des voyages, j’ai souhaité mettre en place les ambiances qui m’avaient extrêmement impressionné sous l’eau. Et j’ai opté pour un graphisme archaïque du poisson me permettant d’explorer tous les aspects bichromiques et faire vibrer les couleurs ensemble. Et ça fait plus de 20 ans maintenant que je travaille autour des poissons « Z » et qui sont devenus ces petites bébêtes zébrées que l’on retrouve sur les cartes du jeu.

Celles-ci relèvent plutôt de l’imaginaire et elles étaient une astuce pour amener une petite bestiole sur laquelle on pouvait inscrire les chiffres. Les contraintes de la carte de jeu étaient évidemment présentes et notamment le créateur de Math’moi ça a pris pour option de placer des chiffres dans les angles, en plus des chiffres présents dans la partie centrale de la carte. Le fait de représenter une petite bébête avec 4 pattes permettait d’inscrire comme un tatouage les chiffres sur ces parties-là.

   

On retrouve l’univers marin même dans ces chiffres, qui ressemblent à des ancres ou hameçons parfois…

Ca s’appelle des chiffres moustaches. Ils étaient utilisés sur les chaloupes ici, en Bretagne, et représentaient le matricule du bateau. C’est une écriture que j’ai toujours trouvé extrêmement aérienne, issue d’une pratique de l’art populaire et très artistique. Donc, je me suis appuyé là-dessus. C’était aussi un hommage que je rendais à l’univers marin local.

  

Math’moi ça est un jeu dédié aux mathématiques. Quels sont vos souvenirs d’enfance avec les maths ?

Jusqu’à la fin de collège, ça allait et puis après ce fut un peu plus difficile. Je n’ai pas un esprit vraiment matheux. Avec Math’moi ça, on est davantage sur des notions de calculs, d’algèbre. Donc c’est bien d’aborder cela à travers le jeu. C’est d’ailleurs ce qu’on pourrait reprocher à l’Éducation nationale française de laisser tomber un peu ces pratiques ludiques pour les apprentissages.

Votre « terrain de jeu » est cette maison-atelier que vous avez construite. Pouvez-vous nous raconter l’histoire de cette réalisation incroyable ?

Je suis à la pointe de la Bretagne, dans le Finistère, ça veut dire « la fin de la terre ». Chez nous, on dit qu’on est dans le Far West. Cette maison c’était aussi un projet de liberté, un choix de vie. J’avais besoin d’un grand atelier, du fait des structures sur lesquelles je travaille qui font entre 6 et 10 mètres de longueur. Quand je vivais en Normandie, j’avais déjà un atelier que j’avais récupéré à partir d’une coque de bateau, mais c’était un peu plus petit. Et là on a pu partir sur la réalisation de ce projet de bateau-maison-atelier en Bretagne. C’était également une forme de création, en auto-construction, donc il a fallu partir de la réalisation des plans, de la forme... Ca reprend d’ailleurs la forme d’un bateau avec des techniques de bâtiment, même si la structure est complètement en bois. C’est ce qu’on appelle une quille en l’air, c’est-à-dire qu’on retourne la coque du bateau. C’était utilisé par les pêcheurs qui n’avaient pas les moyens pour se construire des maisons. Dans le passé, on en trouvait à quelques endroits de la côte française ou en Grande-Bretagne. Ca existe beaucoup sur les îles Féroé ou sur la côte Est des États-Unis où on trouve encore des fondations de coques de bateaux retournés qui datent des Vikings. Ça a toujours été utilisé par les marins.

 

Note de l’équipe Topla :

Jean-Noël Duchemin est l’artiste qui a apporté ces illustrations marines, originales et pleines de vie, au design du jeu Math’moi ça. Vous pouvez retrouver son travail exposé à la Cité de la voile Eric Tabarly, actuellement à Lorient et ce jusqu’au 07 novembre 2021.

Le concept de Math’moi ça a été imaginé par Eric Zimmerman, un spécialiste du gameplay, qui conçoit des jeux depuis plusieurs années. Le créateur avait à cœur de créer un jeu pour que chaque membre de votre famille puisse devenir un as du calcul mental.

Alors à vous de jouer !!!

 

Retrouvez Math'moi ça et toute la gamme de nos jeux mathématiques sur le site de Topla.

 

 

 


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