Article: Donner Voix à la Surdité avec l’Humoriste, Actrice et Auteure Samantha Baines
Donner Voix à la Surdité avec l’Humoriste, Actrice et Auteure Samantha Baines
Certaines personnes semblent destinées à défendre des causes, quand d'autres y sont propulsées par des expériences profondément personnelles. En France, selon une enquête menée par Ipsos*, près d’un Français sur deux a fait un don à une association en 2023, malgré un contexte économique difficile. Pour beaucoup, l’engagement ne naît pas d’un plan mûrement élaboré, mais d’un moment de bascule - un choc, une révélation, un déclic - qui éveille l’envie de faire bouger les lignes.
Pour beaucoup, l’activisme ne naît pas d’un grand plan mûrement réfléchi, mais d’un moment intime de bascule - un choc, une révélation, un déclic - qui déclenche l’envie de faire bouger les lignes.
Pour Samantha Baines - humoriste, actrice, animatrice et auteure multi-primée - ce moment a été la découverte de sa surdité. Ce bouleversement personnel est vite devenu un moteur puissant, nourrissant ses choix créatifs et son engagement public. Ce qui avait commencé comme un cheminement intime s’est transformé en une mission passionnée : sensibiliser, rendre le monde plus accessible, et défendre la richesse des voix au sein des communautés sourdes et en situation de handicap.
Et pourtant, malgré les millions de personnes concernées, la surdité et le handicap restent encore largement sous-représentés dans nos sociétés.
En France, environ 7 millions de personnes sont sourdes ou malentendantes**, tandis qu’au Royaume-Uni, ce chiffre est estimé à près de 11 millions***. Les médias, l’éducation et les espaces publics peinent à refléter cette diversité, laissant souvent les premiers concernés dans l’ombre.
Or, la communauté sourde elle-même est loin d’être homogène : certains communiquent en langue des signes, d’autres utilisent des appareils auditifs ou des implants cochléaires, et beaucoup combinent plusieurs approches. Les formes de handicap, elles aussi, sont multiples, complexes et nuancées. Reconnaître cette diversité est essentiel pour dépasser les stéréotypes et construire une société véritablement inclusive.
C’est ce combat, à la fois personnel et collectif, qui est au cœur du travail de Samantha. Mais ce n’est qu’un pan de son action. Que ce soit sur scène au Fringe Festival d’Édimbourg, dans la série britannique à succès Call the Midwife, dans les colonnes du Guardian, ou à travers ses livres pour enfants Harriet Versus the Galaxy et The Night the Moon Went Out, elle met sa voix, son humour et sa plume au service du changement et de la célébration de la différence.
Elle dirige aussi Penguin in the Room, une agence créative inclusive, tout en valorisant des pratiques de travail souples, accessibles et respectueuses des singularités de chacun.
Dans cette interview, Samantha nous raconte comment le récit peut devenir un acte militant, pourquoi la représentation authentique reste un combat, et comment l’humour continue d’être, pour elle, un lien essentiel avec les autres.
- Vous vous décrivez comme une « activiste accidentelle ». Que signifie cette expression pour vous ?
Je n’avais jamais envisagé de devenir militante ou activiste. Mais quand j’ai découvert que j’étais sourde, cela a éveillé en moi une vraie volonté de défendre les voix des personnes sourdes et de réclamer une meilleure accessibilité au quotidien. Aujourd’hui, je suis ambassadrice pour la RNID (Royal National Institute for Deaf People), une organisation qui soutient les personnes sourdes, malentendantes ou souffrant d’acouphènes à travers tout le Royaume-Uni. Je milite également pour le NSPCC, la principale association britannique de protection de l’enfance. Ces engagements me tiennent énormément à cœur, car ils me donnent la possibilité de représenter des communautés qui comptent pour moi et de faire avancer des changements positifs, même si, à l’origine, je n’avais pas prévu ce parcours.
- Vos livres pour enfants mettent en scène des protagonistes sourds comme Harriet, dont l’appareil auditif l’aide à communiquer avec des extraterrestres dans Harriet Versus the Galaxy ou Aneira, qui a peur du noir dans The Night the Moon Went Out. Ces histoires ont touché de nombreuses familles. Quels types d’histoires vous manquaient lorsque vous étiez enfant, et comment cela a-t-il influencé les livres que vous écrivez aujourd’hui ?
Je n’avais jamais lu un livre avec un personnage principal sourd avant de découvrir que j’étais moi-même sourde - et cela m’a profondément marquée. Ça m’a donné envie d’écrire des livres pour enfants où les enfants sourds sont au cœur de l’histoire, et non pas relégués au rôle de personnage secondaire ou stéréotypé. Quand j’étais enfant, les histoires qui comptaient le plus pour moi étaient celles où je pouvais me reconnaître un peu dans les personnages, donc je sais à quel point la représentation est importante.
C’est pour cela que mes livres ne se contentent pas d’inclure des personnages sourds - ils reflètent aussi une diversité plus large d’expériences familiales, comme les familles monoparentales, les enfants vivant avec leurs grands-parents, ou des personnages non-binaires. Je veux que chaque enfant se sente vu, entendu et valorisé dans les histoires qu’il lit.
- Vous êtes une voix forte dans la sensibilisation au handicap. Quels changements aimeriez-vous voir dans la manière dont les médias et l’édition représentent la perte auditive ?
Les expériences des personnes sourdes sont extrêmement diverses, et j’aimerais voir cette diversité mieux reflétée dans les médias et l’édition. Ce n’est pas seulement la langue des signes - qui est une langue fabuleuse - ou les grands-pères avec de gros appareils auditifs d’un autre temps. La surdité est différente pour chacun, et nos histoires méritent cette même variété et cette nuance.
La représentation est importante, mais elle ne doit pas toujours se concentrer uniquement sur la surdité ou le handicap. Nous devrions pouvoir présenter des émissions télévisées, jouer dans des séries dramatiques ou faire rire dans des émissions de débat - tout comme les personnes non handicapées sans que ce soit systématiquement lié à notre identité. Parfois, nous voulons juste être drôles, talentueux ou même un peu ennuyeux, tout en étant simplement reconnus.
La sensibilisation en coulisses est tout aussi cruciale. J’aimerais que davantage d’entreprises s’engagent à former leurs équipes à la prise en compte du handicap et à la sensibilisation à la surdité, et qu’elles recrutent des professionnels de l’accessibilité.
- Vous dirigez une agence créative et soutenez les talents en situation de handicap. Pourquoi est-il si important de créer des espaces de travail inclusifs en coulisses, et pas seulement sur scène ou à l’écran ?
Les personnes sourdes et en situation de handicap sont des individus talentueux et aux multiples facettes, et en créant des espaces accessibles, elles peuvent s’épanouir et apporter énormément à la société comme à votre entreprise. L’inclusion n’est pas seulement une question de justice ; elle renforce les équipes, stimule la créativité et reflète mieux la diversité du monde dans lequel nous vivons.
Dans mon entreprise, Penguin in the Room, nous avons intégré cette philosophie dans tout ce que nous faisons. Nous fonctionnons en télétravail, permettons aux collaborateurs d’organiser leur propre emploi du temps et les soutenons dans l’adaptation à leurs besoins individuels. Nous recrutons des personnes queer et en situation de handicap, et l’entreprise est bien meilleure grâce à leur présence au sein de notre équipe.
- Enfin, vous avez pris la parole au Parlement, mené des campagnes nationales, et vous trouvez encore le temps de faire rire les gens. Qu’est-ce qui VOUS fait rire ?
Ce sont les choses absurdes qui me font rire - comme ma fille (encore toute petite) qui faisait du headbanging ce matin en écoutant la radio. Les chiens qui font des trucs bizarres sur Internet. Les humoristes pleins d’esprit qui parlent des petites choses du quotidien. Et bien sûr… les histoires de fesses ! C’est pour ça qu’il y a plein de fesses, de pets et de culottes dans mes livres pour enfants.
*Enquête Ipsos pour Apprentis d’Auteuil https://www.ipsos.com/fr-fr/barometre-de-la-solidarite-pour-quelles-causes-les-francais-projettent-ils-de-donner-en-2024
**Selon un article du ministère de l’Intérieur https://www.gendarmerie.interieur.gouv.fr/gendinfo/actualites/2024/journee-mondiale-des-sourds-le-114-est-leur-numero-d-urgence
***Selon la British Academy of Audiology https://www.baaudiology.org/about/media-centre/facts-about-hearing-loss-and-deafness/





